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Une poésie de Su Dong Po sur l’art de peindre

Une poésie de Su Dong Po sur l’art de peindre.

Une poésie de Su Dong Po calligraphiée en xingcao en 2021 – © Corinne Leforestier

與可畫竹時 見竹不見人
豈獨不見人 嗒然遺其身
其身與竹化 無窮出清新
莊周世無有 誰知此凝神

Quand Wen Yu-ko peignait un bambou,
il voyait le bambou, il ne voyait plus les hommes
non seulement il ne voyait plus les hommes,
en transe il en oubliait son propre corps
son corps se métamorphosait en bambou
sublime jaillissait une fraîcheur nouvelle
depuis que Chuang-tzu n’est plus,
personne n’a connu une telle force de concentration.

« Su Tung Po – rêve de printemps » – Edition Moundarren

♦♦♦♦♦♦

C’est un peu l’état que je recherche en faisant les croquis
pendant des heures au bord de l’eau ou sous les arbres.

En voici quatre dont je vais m’inspirer
pour réaliser quatre gravures cet été.

prochain article : 1er Août 2021
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Au bord du monde : gravure

Tanguer au bord du monde ?

au bord du monde – aquatinte au sucre sur zinc 40 x 50 © Corinne Leforestier – 2010

Ce Monde n’est pas conclusion.
Un Ordre existe au-delà –
Invisible, comme la Musique –
Mais réel, comme le Son –
Il attire, et il égare –
La Philosophie, ne sait –
Et par une Énigme, au terme –
La Sagacité, doit passer –
Son concept, échappe aux savants –
Sa conquête a valu à des Hommes
Le Mépris de Générations
Et la Crucifixion –
La Foi glisse – rit, et se reprend –
Rougit, devant témoin –
S’accroche à un fétu d’évidence –
Et sur la Girouette, s’oriente –
Gesticulations en Chaire –
Grondements d’Alléluias –
Nul Opium ne peut calmer la Dent
Qui ronge l’âme –

♦♦♦♦

This World is not conclusion.
A Species stands beyond –
Invisible, as Music –
But positive, as Sound –
It beckons, and it baffles –
Philosophy, don’t know –
And through a Riddle, at the last –
Sagacity, must go –
To guess it, puzzles scholars –
To gain it, Men have borne –
Contempt of Generations
And Crucifixion, shown –
Faith slips – and laughs, and rallies –
Blushes, if any see –
Plucks at a twig of Evidence –
And asks a Vane, the way –
Much Gesture, from the Pulpit –
Strong Hallelujahs roll –
Narcotics cannot still the Tooth
That nibbles at the soul –

Emily Dickinson, traduit de l’anglais par Claire Malroux –
Poésie gallimard nrf – car l’adieu, c’est la nuit – p117

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Kou Zhun – Journée de printemps

Un poème de Kou Zhun calligraphié en xingcao en 2021 – © Corinne Leforestier

寇準-春晝

午晝花陰靜
春風數蝶飛
坐來生遠思
深院燕初歸

Kou Zhun (961-1023)
Journée de printemps

à midi, l’ombre des fleurs est immobile
dans le vent printanier quelques papillons volettent
peu à peu monte une lointaine nostalgie
dans la cours profonde les premières hirondelles sont de retour

« De l’art poétique de vivre au printemps » – Edition Moundarren

bord de rivière

Les bords de rivière m’ont toujours apaisée. La lecture de Jean Giono aussi …

bord de rivière – technique mixte sur toile 50 x 50 – 2014 © Corinne Leforestier

Cette heure trouble où les jours se séparent de la nuit, où l’ombre se dépose dans les vallées de la terre, où le ciel s’éclaire, où tout est comme un vase qu’on a longtemps agité et qui maintenant va avoir son repos et sa clarification. Le rossignol a changé son chant. Ce n’est plus ce ruissellement de musique dont il a noyé sa femelle – et elle est sur la branche du tilleul, désormais lourde et sourde, et elle a fermé ses petites paupières rondes et le vent la balance du même balancement que les feuilles – ce n’est plus ce fleuve sonore, c’est une longue note à peine un peu tremblante. Longue comme ce déchirement de l’aube là-bas, au-dessus des collines de l’Est. Des gouttes de rosée glissent le long des feuilles des arbres, puis tombent, et les arbres sont tout tremblants et il n’y a pas de vent, mais cependant voyez comme les aulnes et les peupliers frémissent. L’air est léger. Il a cette qualité des eaux de source dans la montagne : on arrive là ; on a soif. On la voit verte, on la croit trop fraîche. On la boit, et alors on la trouve justement faite pour l’état exact de votre gosier et de votre corps à ce moment-là. Et vous repartez avec des forces nouvelles. Le soleil se lève. Avec lui les odeurs. Dans les lointaines collines, les lilas sont fleuris. Le fleuve a baissé là-bas, dans les fonds de la vallée, car l’odeur des limons vient de monter. Un écureuil a écorché les hautes branches du bouleau ; une odeur de miel vient de descendre. Les pluies passées ont découvert les racines d’un cyprès qui sentent l’anis. Une belette invisible court sous l’herbe du pré, et nous ne la voyons pas, nous voyons seulement l’aigrette des avoines qui tremble, mais nous sentons toutes les odeurs de ces herbes que la belette charrie de ses petits bonds souples, la flouve, l’esparcette, la fétuque, le trèfle et le sainfoin, la pâquerette et les mille petites herbes collées contre la terre noire, et la terre noire elle-même, avec ses champignons, ses vers, ses petits morceaux de bois pourris.

Je suis couché et je dors. Comment le jour entre-t-il en moi ? Dans le moment de cette heure trouble où le jour est né, moi-même endormi, ai été clarifié ; les rêves se sont enfuis comme le vent des arbres et le sommeil s’est déposé lentement dans les vallées de mon corps. Déjà tout ce qui émerge – pareil au sommet des collines qui dans le monde au-dehors viennent se gonfler en bosses d’or – tout ce qui émerge du sommeil en moi prend vie et chante. Je suis encore endormi mais j’entends, je sens les odeurs, je bois instinctivement à la fraîche fontaine de l’air nouveau. Les bruits et les parfums me racontent des histoires que ma pensée toute libre enregistre. Par l’odeur d’anis j’ai vu, les yeux fermés, les racines noires du cyprès ; par le chant du rossignol j’ai vu la dame rossignol ivre d’amour et de chanson nocturne, s’abandonner à la danse aurorale des feuilles ; par le froussement de la prairie et les éclats de parfum qui jaillissent dans les bonds de la belette, comme des cymbales d’odeur, j’ai suivi la course de la belette fauve depuis le tronc du saule jusqu’à sa petite bauge chaude. Enfin mes paupières sont touchées d’un épi d’or. Je m’éveille. Le soleil est posé sur mon visage.

un extrait de « rondeur des jours » de Jean Giono

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Yuan Mei – décrivant ce qui se passe

Un poème de yuan Mei calligraphié en xingcao en 2021 – © Corinne Leforestier

袁枚-即事

黃梅去將雨聲稀
滿徑苔痕綠上衣
風急小窗關不及
落花詩草一齊飛

Yuan mei (1716-1797)
Décrivant ce qui se passe

bientôt la fin des prunes jaunes, le son de la pluie se fait rare
le sentier est couvert de mousse, le vert gagne mon vêtement
une rafale de vent se lève, la petit fenêtre n’a pas été fermée à temps
pétales de fleurs et manuscrits de poèmes ensemble s’envolent

Yuan Mei « Epicurien taoïste » – Edition Moundarren


 Voici une autre calligraphie du même poème

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Sentence du jour tirée du tao te king – sagesse et érudition…

Troisième phrase du chapitre 81
du Tao te King de Lao Tseu

Troisième phrase du chapitre 81 du tao te king de Lao Tseu calligraphié en 2021 en xingcao par- © Corinne Leforestier

知者不博
博者不知


En voici trois traductions

Celui qui sait n’est pas pour autant érudit
Celui qui est érudit ne sait pas pour autant

Traduction de Cheng Wing fun et Hervé Collet – Le vieux sage – de l’accord au cours des chose – éditions Moundarren

◊◊◊◊◊

Le sage n’a pas de connaissances étendues
Celui qui a des connaissances étendues n’est pas forcément sage

Traduction de Shi Bo

◊◊◊◊◊

Celui qui sait n’est pas érudit.
Un érudit n’est pas celui qui sait.

Traduction Liu Kia-Hway et Benedyct Grynpas – philosophes taoïstes I – gallimard nrf


Voici les 4 caractères de cette phrase calligraphiés de bas en haut en kaishu, xingshu, caoshu
Vous reconnaîtrez de gauche à droite :

知 zhī savoir; connaître – 者 zhě ce; celui-ci – 不 bù négation – 博 bó 1-vaste, étendu, immense, 2-acquérir, juste

 

Sentence du jour tirée du tao te king – discours et bienveillance …

Deuxième phrase du chapitre 81
du Tao te King de Lao Tseu

deuxième phrase du chapitre 81 du tao te king de Lao Tseu calligraphié en 2021 en xingcao par Corinne Leforestier

善者不辯
辯者不善


En voici trois traductions

Celui qui est bon ne discourt pas
Celui qui discourt n’est pas bon

Traduction de Cheng Wing fun et Hervé Collet – Le vieux sage – de l’accord au cours des chose – éditions Moundarren

◊◊◊◊◊

L’homme bon n’a pas la langue bien pendue
L’homme qui a une langue bien pendue n’est pas forcément bon

Traduction de Shi Bo

◊◊◊◊◊

Un homme de bien ne discute pas,
l’homme qui discute n’agit pas pour le bien

Traduction Liu Kia-Hway et Benedyct Grynpas – philosophes taoïstes I – gallimard nrf


Voici les 4 caractères de cette phrase calligraphiés
de bas en haut en kaishu, xingshu, caoshu
Vous reconnaîtrez de gauche à droite :

善 shàn bon; bienveillant – 者 zhě ce; celui-ci – 不 bù négation –
辯 biàn discuter, débattre, contester

 

Intermède à l’éléphant

Ce dessin vous évoque-t-il quelque chose ?

Un proverbe taoïste de circonstance en guise de vaccination sans effets indésirables

calligraphie en xingcao – Corinne Leforestier 2021

自樂平生道

zì lè píng shēng dào

je me réjouis dans la voie de tous les jours

◊◊◊◊◊

Le voici calligraphié en 5 styles différents inspirés de 4 calligraphes célèbres (de gauche à droite) :

mifu 米芾 (1051-1107) colonne 1

wen zheng Ming 文徵明 (1470-1559) colonne 2

Zhi Yong 智永 de la période des sui (581-618) colonnes 3 et 4

zhaomeng fu 趙孟頫 (1252-1322) colonne 5

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un poème de Li Bai – assis seul devant le mont Jingting

獨坐敬亭山

Assis seul devant le mont Jingting

李白
Li Bai (701-762)

眾鳥高飛盡
孤雲獨去閑
相看兩不厭
隻有敬亭山

Les oiseaux s’éloignent très haut et disparaissent
Un nuage solitaire s’efface avec nonchalance
Le mont et l’homme se contemplent sans cesse
Je sens que seul existe le mont Jingting propice

traduction Shi Bo

Un poème de Li Bai calligraphié en xingcao en 2021 – © Corinne Leforestier sur papier de riz 70 x 45

Le même poème calligraphié dans un format plus petit (45 x 35)

Ce quatrain est l’un des plus mystérieux de la poésie Tang.
C’est sans doute pourquoi les traductions varient.
En voici d’autres.

Tout d’abord, la traduction mot à mot du titre avec pinyin

seul
zuò assis
jìng respect hommage
tíng 1-pavillon ;
2-dressé de toute sa hauteur
shān montagne

      –

1
Contemplant le mont Ching-t’ing
Les oiseaux s’envolent, disparaissent.
Un dernier nuage, oisif, se dissipe.
à se contempler l’un l’autre,
il ne reste que le mont Révérence

traduction François Cheng – Entre source et nuage

 2
Seul assis face au mont Chin ting
Les oiseaux s’envolent haut et disparaissent
Un nuage solitaire, oisif, s’éloigne
à nous contempler sans nous lasser
seul le mont Ching ting

traduction Cheng wing fun & Hervé Collet  – Lipo buvant seul sous la lune – Edition Moundarren

3
Assis seul devant le mont respect
Une volée d’oiseaux a disparu.
Indolent dans le ciel – un seul nuage.
Nous regardant tous deux sans nous lasser
Tant qu’il ne reste plus que la montagne.

traduction André Markowicz  – Ombres de Chine

4
Assis devant le mont Jingting
Les oiseaux s’effacent en s’envolant vers le haut
Un nuage solitaire s’éloigne dans une grande nonchalence
Seuls, nous restons face à face, le Mont Jingting et moi
Sans nous lasser jamais l’un de l’autre

traduction JMG Le Clezio / Dong Qiang
Le flot de la poésie continuera de couler

chacun son mont jingting; voici celui de Chaudon

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Wang Wei – Pavillon au fond des bambous

王维 – 竹裏館

Wang Wei (701 – 761)
Pavillon au fond des bambous

Un poème de WangWei calligraphié en xingcao en 2021 -70 x 45 © Corinne Leforestier

獨坐幽簧裏
彈琴複長嘯
深林人不知
明月來相照

Assis, solitaire, dans le bois dense de bambous
Je gratte le luth en chantant à pleine voix
La forêt est profonde, personne ne m’entend
Seule la lune me caresse de sa lumière limpide

Traduction de Shi bo

Une autre calligraphie de ce poème au format 45 x 35

Un proverbe citant le luth

琴韻逐風逝

qín yùn zhú fēng shì

le beau son du luth chevauche le vent doux

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