L’été dernier, j’ai repris la lithographie.
Je n’en avais pas fait depuis 2021.
Ce furent beaucoup d’essais et quelques réussites notamment cet oiseau qui m’a bien plu.
Les autres lithographies 2025 sont à retrouver sur mon site ici
Peindre d’abord une cage avec une porte ouverte peindre ensuite quelque chose de joli quelque chose de simple quelque chose de beau quelque chose d’utile pour l’oiseau placer ensuite la toile contre un arbre dans un jardin dans un bois ou dans une forêt se cacher derrière l’arbre sans rien dire sans bouger… Parfois l’oiseau arrive vite mais il peut aussi bien mettre de longues années avant de se décider Ne pas se décourager attendre attendre s’il le faut pendant des années la vitesse ou la lenteur de l’arrivée de l’oiseau n’ayant aucun rapport avec la réussite du tableau Quand l’oiseau arrive s’il arrive observer le plus profond silence attendre que l’oiseau entre dans la cage et quand il est entré fermer doucement la porte avec le pinceau puis effacer un à un tous les barreaux en ayant soin de ne toucher aucune des plumes de l’oiseau Faire ensuite le portrait de l’arbre en choisissant la plus belle de ses branches pour l’oiseau peindre aussi le vert feuillage et la fraicheur du vent la poussière du soleil et le bruit des bêtes de l’herbe dans la chaleur de l’été et puis attendre que l’oiseau se décide à chanter Si l’oiseau ne chante pas c’est mauvais signe signe que le tableau est mauvais mais s’il chante c’est bon signe signe que vous pouvez signer Alors vous arrachez tout doucement une des plumes de l’oiseau et vous écrivez votre nom dans un coin du tableau.
Depuis quelque temps je passe l’après-midi dans les ravins à dessiner.
Tous les dessins sont réalisés sur un papier A4.
Pour vous mettre dans l’ambiance, voici un son capté et un texte qui tente de décrire ce que je cherche …
Le pinceau suit le mouvement des feuillages, de l’eau, des rochers du ravin, il saute, danse, virevolte.
Le geste devient malhabile à poursuivre les rayons de lumières, le frémissement du vent.
On perd le fil, on n’y voit plus rien, on en oublie où on est.
Le bruit blanc de l’eau tournoie dans la tête, la trame de l’espace se délite…
Soudain, à nouveau, une forme accroche le regard : vite tremper le pinceau dans l’encre, poser la tache. Est-ce cela ? Non… Mais, presque ! On y était, dans cette feuille du chêne se balançant au vent. On a bien senti le courant d’air.
Quelle jubilation quand le temps d’un dessin, le sentiment du vivant nous traverse.
Tous ces moments de plénitude finiront en gravures ou peintures, et en envies de recommencer à jouer, être là :
commencer cette fois par l’ombre que le rocher jette dans l’eau, suivre les verts bariolés des feuilles jusqu’au ciel, contourner le nuage qui s’évapore déjà, redescendre de branches en branches jusqu’au rocher ensoleillé ; plonger dans l’eau ! Il faut dire, il fait si chaud en cet après-midi de juin…
Corinne Leforestier – Chaudon – juin 2025
Et vous, avez-vous envie de vous perdre dans le paysage ?
Où vous poseriez-vous ?
Le blog prend ses quartiers d’été : prochaine mise à jour le 27 juillet
Depuis longtemps, j’étouffais dans ma peau.
Un jus brûlant coulait avec ma sève
Et je commence à croire que j’existe.
Ô ciel, un bras qui me sort de l’écorce
Et veut déjà toucher, goûter le vide
Où s’étendaient mes branches anxieuses !
Je pousse un nez, un œil et des oreilles
Comme des fruits longuement médités.
Je tends aussi mille bourgeons guettant
L’odeur du monde et le cri d’une rose.
Il va me naître un ventre où le désir
Dresse l’avide élan vers une étreinte !
Mon cœur de bois veut faire un long signal,
Ma chevelure en fleur plaît aux oiseaux
Et quelquefois un orage sans gîte
Vient pondre un œuf noir entre mes épaules.
Je ne sais si la fièvre m’appartient
Que je sens battre au fond de mes racines.
Est-ce l’appel d’un soleil invisible
Plus exigeant même que le soleil ?
Son feu me brûle et me glace à la fois.
J’abonde et je retiens, j’invente un dieu,
Mais j’obéis à ce dieu que j’invente
… Trésor et flamme ! Et quant aux hirondelles,
J’en fais éclater des volées !…
Norge – Les coq-à-l’âne – Gallimard NRF
Voici quelques détails de la peinture à contempler, écouter ?
Les arbres se livrent peu à peu à leurs branches, penchent vers leur couleur et poussent en tous sens des feuilles pour se gagner les murmures de l’air. Ils respectent comme des dieux leurs images dans les étangs où tombent parfois des feuilles sacrifiées.
Les racines se demandent s’il faut ainsi s’accoupler au sol. Au milieu de la nuit l’une sort de terre pour écouter les étoiles et trembler.
La mer entend un bruit merveilleux et ignore en être la cause.
Les poissons qui se croisent feignent de ne pas se voir.
Puis se cherchent durant des siècles.
Les rivières s’étonnent d’emporter toujours le ciel au fond de leur voyage et que le ciel les oublie. Le ciel ne pose qu’une patte sur l’horizon, l’autre restant en l’air, immobile, dans une attente circulaire.
Tout le jour la lumière essaie des plumages différents et parfois, au milieu de la nuit, dans l’insomnie des couleurs.
La terre se croit une forêt, une montagne, un caillou, un souvenir. Elle a peur de l’horizon et craint de se disperser, de se trahir, de se tourner le dos. La nuit, le corps le long des corps, les visages près des visages, les fronts touchant les fronts, pour que les rêves se prêtent main-forte. L’âme bourdonne et s’approche pour voir comment bat un cour dans le sommeil. Elle confond les étoiles avec les grillons et les cigales. Elle aime le soleil qui n’ose pas pénétrer dans les cavernes et se couche comme un chien devant le seuil.
On reconnaît les songes de chacun au dessin des paupières endormies.
Passent des animaux précédés d’un cou immense qui sonde l’inconnu, l’écartant à droite et à gauche, avec le plus grand soin. Ils défrichent l’air vierge. Sans en parler aux autres insectes les fourmis montent sur la cime des arbres pour regarder.
Quand des tribus se rencontrent on se souffle au visage comme font les buffles qui se voient pour la première fois. On se regarde de tout près jusqu’à ce que les regards mettent le feu aux yeux. Alors on recule et on se saute à la gorge.
Les animaux se demandent lequel parmi eux sera l’homme un jour. Ils consultent l’horizon et le vent qui vient de l’avenir. Ils pensent que peut-être l’homme rampe déjà dans l’herbe et les regarde tour à tour présumant de leur chair et de son goût.
L’homme se demande si vraiment ce sera lui.
le chant de l’eau- technique mixte sur toile 100 x 81 – 2024 – Corinne Leforestier
Le chant de l’eau
L’entendez-vous, l’entendez-vous
Le menu flot sur les cailloux ?
Il passe et court et glisse,
Et doucement dédie aux branches,
Qui sur son cours se penchent,
Sa chanson lisse.
Là-bas,
Le petit bois de cornouillers
Où l’on disait que Mélusine
Jadis, sur un tapis de perles fines,
Au clair de lune, en blancs souliers
Dansa ;
Le petit bois de cornouillers
Et tous ses hôtes familiers,
Et les putois et les fouines,
Et les souris et les mulots,
Écoutent
Loin des sentes et loin des routes
Le bruit de l’eau…