Un poème de Lu Yu : à l’attention des visiteurs

Les deux derniers vers de ce poèmes constitueront l’enseigne de notre maison-galerie que nous aménageons depuis juillet 2020 à Chaudon.
Depuis  mi octobre, je travaille ce poème et m’exerce à le calligraphier en plusieurs formats.
Voici un premier résultat.

Un poème de LuYu calligraphié en xingcao en 2020 – © corinne leforestier – 72 x 56

示客
陸游

桑枯成陰白草香
繅車聲裡午風涼
客來莫說人間事
且共山林夏日長

à l’attention des visiteurs de Lu Yu (1125 – 1210)
dans l’ombrage formé par les mûriers,
l’odeur de cent plantes
à midi, dans le vent frais le bruit des rouets
sur lesquels sont dévidés les cocons de soie
visiteurs, ne parlez pas des affaires du monde
mieux vaut avec la montagne et la forêt partager
cette longue journée d’été

Lu Yu le viel homme qui n’en fait qu’à sa guise – Edition Moundarren p 61


Ci-dessous deux essais de calligraphies des deux derniers vers.

La version définitive sera plus grande (200 x 50)…
A suivre au printemps !

format 70 x 40 Format 150 x 50

En attendant l’œuvre définitive, voici enfin trois photos du futur havre de paix

à bientôt

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Sentence du jour tirée du tao te king

Première phrase du chapitre 81
du Tao te King de Lao Tseu

première phrase du chapitre 81 du tao te king de Lao Tseu calligraphié en 2020 en xingcao par Corinne Leforestier

信言不美
美言不信

xìn yán bù měi
měi yán bù xìn


En voici trois traductions

Les paroles vraies ne sont pas belles
Les belles paroles ne sont pas vraies

Traduction de Cheng Wing fun et Hervé Collet – Le vieux sage – de l’accord au cours des chose – éditions Moundarren

◊◊◊◊◊

Les paroles sincères ne sont pas belles
Les belles paroles ne sont pas forcément sincères

Traduction de Shi Bo

◊◊◊◊◊

Les paroles vraies ne sont pas agréables
Les paroles agréables ne sont pas vraies

Traduction Liu Kia-Hway et Benedyct Grynpas – philosophes taoïstes I – gallimard nrf


Voici les 4 caractères de cette phrase calligraphiés de bas en haut en kaishu, xingshu, caoshu
Vous reconnaîtrez de gauche à droite :

信 xìn digne de foi; vrai – 言yán mot; parole – 不 bù négation -美 měi beau

 

Wang Wei – Un soir d’automne dans un chalet de montagne

王维 – 山居晚秋

Wang Wei (701 – 761)
Un soir d’automne dans un chalet de montagne

Un poème de Wang Wei calligraphié en xingcao en 2020 – © corinne leforestier

空山新雨後
天氣晚來秋
明月松間照
清泉石上流
竹喧歸浣女
蓮動下漁舟
隨意春芳歇
王孫自可留

Dans la montagne déserte
La pluie est tombée à nouveau
Le soir il fait déjà un temps d’automne
Le clair de lune se répand entre les pins
La source limpide galope sur le gravier
Des bambous parviennent
Des cris des lavandières sur le chemin de retour
Les lotus dansent au passage des bateaux
Les plantes printanières sont fanées depuis longtemps
Mais vous pouvez rester ici mes amis charmants

Traduction de Shi bo


Le premier vers de ce poème

Dans la montagne déserte la pluie est tombée à nouveau

Jia Dao – Passant la nuit au kiosque de la famille Li

Un poème de Jia Dao calligraphié en xingcao en 2020 – © corinne leforestier

賈島-宿村家亭子

床頭枕是溪中石
井底泉通竹下池
宿客未眠過夜半
獨聞山雨到來時

Jia Dao (779 – 843)
Passant la nuit au kiosque de la famille Li

à mon chevet pour oreiller une pierre du ruisseau
la source au fond du puits communique avec l’étang au pied des bambous
passant la nuit ici, à minuit le voyageur ne dort pas encore
seul, j’écoute la pluie au moment où elle arrive de la montagne

« De l’art poétique de vivre en Automne » – Edition Moundarren


Dans ce poème, deux caractères ont une forme en caoshu (herbe folle) très semblable alors que la forme en kaishu (style régulier) est différente. Il s’agit des caractères :
bàn (moitié – une demi) et wèi (ne …pas encore) :

bian : de haut en bas kaishu, xingshu et 2 formes de caoshu Voyez-vous la différence dans la forme du bas ? wei : de haut en bas kaishu, xingshu et caoshu

 

Un troisième caractère a également une forme presque semblable en xingshu (style courant) :
il s’agit du caractère lái (arriver).

Ce caractère figurant dans de nombreux textes, il peut apparaître sous différentes formes.

Voici quelques variations : de gauche à droite – lái – calligraphié en kaishu, xingshu, et caoshu

En raison des ces ressemblances (faux amis ?), calligraphier en caoshu demande à la fois énergie, détente et concentration. C’est un vrai plaisir lorsque l’équilibre subtil est atteint. De nombreux exercices sont nécessaires.

Voici enfin deux autres compositions de ce même poème : la première dans le même format (70 x 45), le deuxième dans un format plus petit (50 x 37).

Les trois ensembles.
Une différence de composition existe entre celui du milieu et les deux autres : voyez-vous laquelle ?

Il s’agit de la signature → en deux colonnes sur celui du milieu et en une sur les autres !
Le nom de plume pinceau n’est pas le même non plus (d’où les différents sceaux).

A votre bonne attention…

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Les interférences sauvage de E. Bazin : Reflets d’ondes et signes calligraphiques

Emmanuel Bazin m’a contacté au début de l’été souhaitant présenté l’une de mes calligraphies dans l’ouvrage « interférences sauvages ».
C’est un ouvrage de photographies d’eau vue de très près; un voyage entre art et science où l’eau est scrutée avec attention curieuse et ouverte.

La démarche de E. Bazin m’a beaucoup intéressée. Aussi, ai-je accepté avec joie de figurer dans ce carnet.

Voici un extrait  pour vous donner envie de suivre le courant  :

Avant propos : L’eau vue de près, une histoire et une aventure

L’eau bien sûr est universelle mais j’en ai fait une affaire personnelle : né à Cherbourg sous le signe du Poisson, c’était un bon début, confirmé en Pays d’Auge puis désormais dans le Finistère. C’est dire si cet attachement conduit mes pas. J’apprécie comme tant d’autres les paysages de mer, les bains toniques, les étangs pleins d’oiseaux, les rivières à marées, les ondées bienfaisantes, un bon verre d’eau fraîche et tous les jours je rends hommage à ses bienfaits remarquables. Mais, …

Mais la curiosité m’a poussé plus loin, au-delà des jeux et de la contemplation. Cette fréquentation assidue a aiguillé mon attention vers les étonnantes propriétés qui ont donné à l’eau la place qu’elle occupe dans l’univers ; un élément aussi omniprésent a nécessairement des propriétés pleines d’enseignements. J’ai la chance d’avoir de bons yeux qui m’ont permis très tôt de découvrir les plaisirs d’observer les petite choses de la nature comme les grandes de l’art ; c’est ainsi qu’une particularité de l’eau, m’a progressivement entraîné dans une recherche dévorante et conduit à des découvertes assez étranges que j’ai voulu partager dans ce carnet.

Emmanuel Bazin

Voici 3 photos d’œuvres d’art présentées dans le chapitre
« SIGNES. Une impression de déjà vu , dans les arts ethniques et contemporains peut-être. »

photo de E Bazin - https://www.stream-art.fr/photo de E Bazin - https://www.stream-art.fr/

photo de E Bazin - https://www.stream-art.fr/


 

Table des matières
Table des matières - les interférences sauvages de - https://www.stream-art.fr/
Ce livre peut être commandé sur le site https://www.stream-art.fr/

La traduction du poème de Han Shan peut être retrouvée ici

 

Beaux voyages au fil de l’eau   ! ……………………..

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La préface au pavillon des orchidées de Wang Xizhi

Depuis un an je travaille la célèbre préface du pavillon des orchidées (蘭亭集序) de Wang XiZhi (王羲之 –321-379 ou 303-361) considéré comme le prince des calligraphes.

Voici un fac-similé de l’époque Tang.

La Préface rédigée au pavillon des Orchidées (wikipedia)

Je présente dans ce post la 4ème version que j’ai réalisée cet été. Il ne s’agit pas d’un fac-similé où les calligraphes recopient la composition à l’identique (y compris avec les corrections ce qui surprend beaucoup les occidentaux) mais d’une présentation en colonnes de 15 caractères qui se base sur le modèle du calligraphe contemporain 陳國昭.

modèle de 陳國昭

J’ai également suivi le modèle conseillé par Shi Bo en travaillant chaque caractère un par un avant de les travailler colonne par colonne


Voici le résultat.

calligraphie 2020 -sur papier de riz 70 x 140 Corinne Leforestier

Quelques détails

 

Au fil des jours je sens le pinceau plus fluide mais je suis encore loin de l’idéal. Il y aura d’autres tentatives ! 

Travailler ce style calligraphique est une belle méditation à l’instar des douze années passées à travailler la calligraphie avec Shi Bo.


Quelques références à consulter pour ceux qui souhaiteraient approfondir ce sujet :

La légende autour de cette calligraphie relatée par Shi Bo : http://sereniteart.blogspot.com/2015/05/le-pavillon-des-orchidees-preface-de.html

Une exposition de la BNF : http://expositions.bnf.fr/chine/arret/1/6.htm

Une exposition au musée Cernuschi présentant également une traduction : https://www.cernuschi.paris.fr/fr/collections/collections-chinoises/chine-moderne-et-contemporaine/preface-au-pavillon-des-orchidees

Belles découvertes  ! ……………………..

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Les dessins de l’aube

Cet été, j’ai eu peu de temps à consacrer à la création. Nous avons en effet aménagé une deuxième petite maison à Chaudon nous permettant d’accueillir plus aisément et m’offrant la possibilité de présenter plus facilement mon travail artistique. L’atelier fut donc en « déménagement ».

Pour ne pas perdre la main et l’oeil, je me suis astreinte (avec beaucoup de plaisir) à faire ces « dessins de l’aube ». Lorsque les contours sont encore imprécis,  l’on peut aisément saisir l’ensemble, l’atmosphère, sans se perdre dans les détails.  Le jour se lève vite et en commençant l’exercice lorsqu’il fait encore presque nuit, il y a le temps de s’absorber dans le paysage contemplé et ainsi tenter de rester dans l’essence-ciel.

Tous les dessins sont réalisés sur un papier 160g – 42 cm x 59 cm

Pour vous mettre dans l’ambiance, voici un son capté lors de l’une des premières matinées.

 

 

Ci-dessous, le frêne souvent dessiné

Pour finir, un extrait lu ce matin dans « pied nu dans l’aube » de Félix Leclerc.

Nous croyions aux gnomes qui soufflent de la brume, aux génies qui changent les jeunes filles en fruits, à la musique qui, comme le dimanche, a pour mission de reposer, d’élever. Souvent, le matin, nous nous passions la tête derrière la toile pour surprendre celui qui mettait des gouttes de rosée sur les feuilles de choux. Je couchais sous une fenêtre pour avoir le dernier le bonsoir de la lune, pour avoir le premier le salut du soleil.

bon réveil !

 

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Un poème de Lu Yu : au cours de l’été

夏日
陸游

溪漲清風拂面
月落繁星滿天
數只船橫浦口
一聲笛起山前

au cours de l’été de Lu Yu (1125 – 1210)
au bord de la rivière au flot gonflé le vent frais caresse mon visage
la lune s’est couchée, un essaim d’étoiles remplit le ciel
quelques barques de guingois dans la crique
d’une flûte un air mélodieux s’élève sur la montagne en face

L’art de la sieste « L’été » – Edition Moundarren


Dans ce poème, 6 caractères comportent le radical eau:
shuǐ

Il s’agit des mots ruisseau, monter, limpide, tomber, plein/rempli et confluent.

Les voici calligraphiés successivement en kaishu, xingshu et caoshu

ruisseau

monter zhǎng

limpideqing

tomberluò

rempli, plein 滿 mǎn

confluent


le premier vers du poème

溪漲清風拂面

xī zhǎng qīng fēng fú miàn

au bord de la rivière au flot gonflé le vent frais caresse mon visage

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Pei Di – Colline Huazi – un poème calligraphié selon deux compositions

裴迪 – 華子崗

Un poème de Peidi calligraphié en xingcao en 2020 – 70 x 45 © corinne leforestier

Un poème de Peidi calligraphié en xingcao en 2020 – 70 x 45 © corinne leforestier

 

日落松風起
還家草露晞
雲光侵履跡
山翠拂人衣

Pei Di (716 – ?)
Colline HuaZi

Le vent se lève parmi les pins
Sur le chemin du retour la rosée évaporée, les herbes sont sèches
La lumière à travers les nuages illumine les traces de nos pas
La verdure de la colline caresse nos habits

Traduction de Shi bo


Et voici le même poème calligraphié sur un plus petit format en trois colonnes

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Pluie orageuse

Une nouvelle peinture pour temps incertains

pluie d'orage - peinture 90 x 70

Pluie orageuse – technique mixte sur toile 90 x 70 – 2020 © Corinne Leforestier

Fait-elle écho à ce texte de André Du Bouchet ?

Fleurs

        Pas plus haut,
                        où elles s’arrêtent, ces eaux
bleues ! Que le premier escarpement des fleur tout à coup transpirant dans l’air froid,
                                                           et aussi rude.

 

                                           Mais le baiser, venu
par les fonds raboteux, où, poussiéreuse brassée, je disparais dans le jour qui attend le soleil.

 

                           Qu’elles ne l’arrêtent pas, la façade
sera rendue, elle, aux pierres.

 

     Parmi les fleurs, encore, ceinturée par la chaleur
du nuage, puis par le vent, au cœur des routes,
                                               le nuage ! Se heurtant à
ce qui a fleuri.

 

     S’il faut, pour qu’elles grandissent, avoir
croulé
jusqu’au bleu,
                         la sauge,
                                             à quelque route.

                                                

                                              Plus tard, comme le pas,
la nuit, les voit, leurs faces maintenant tendues,
                                                       linge dans l’air ras !

 

André du Bouchet – ou le soleil – poésie / Gallimard p 145

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